Friday, July 13, 2012


AU REVOIR, M. GHILAS
Je ne serai plus jamais un prof
je ne souffrirai plus des fous de la conformité
du moins plus dans ces murs, dans leurs murs,
plus des humiliations dans le bureau de la Principale ou contre le tableau noir.
Vieilles connasses, jeunes zélés, au revoir.
Au revoir les petits cons qui s’en branlaient, j’arrivais pas à vous en vouloir
et les fayots au premier rang, j’arrivais pas à vous voir.
Je ferme une dernière porte à clef, nez à nez avec l’emploi du temps
imprimé en couleurs et scotché par l’adjoint quand l’année était jeune
et rugissait dans mes oreilles, comme la cloche plusieurs fois par jour
…je traverse ce couloir une dernière fois.
Par la fenêtre je regarde les clochers et les toits
puis je vois les fantômes de l’automne et de l’hiver et le chagrin du printemps
quand la nature revivait et que moi j’étais rattaché ici,
les centaines de fois quand j’ai gravé ces murs violets avec mes yeux :
JE DETESTE CE BOULOT DE MERDE ET TOUT LE MONDE ICI.

Je regarde mes jolies chaussures, un peu abîmées,
elles font danser des confetti sur le carrelage rouge foncé
des petits morceaux de papiers qu’un gamin à fait
avec le dernier quizz que j’ai distribué il y a une heure ou deux.
Des confettis blancs parsemés de lettres noires pour fêter un nouvel été.
Une victoire pour eux mais aussi pour moi
Mélangée, par la confusion, aux souvenirs du prix que j’ai dû payer pendant des mois
pour toucher ma paye
mais maintenant tout ça, c’est déchiré, prêt à être balayé
comme des feuilles d’été, tombées ou un papillon de nuit, cramé.
Je suis plus heureux que l’école soit finie à 26 piges
que quand j’en avais 6 ou 16.

Je traverse la cour vide, je dis au revoir à la grosse concierge
qui me trouvait toujours élégant.
Je pousse la porte en verre et cette petite ville me balance de la liberté droit au visage,
avec des feuilles mortes dans son vent,
et de la vie, de la vie qu’il m’appartient de ne jamais laisser s’échapper,
de saisir, dans le trouble d’un été saoul.
Je vais prendre un dernier train
dans mon cœur je sens un pincement que j’aime beaucoup,
je ne me retourne sûrement pas, non, pas pour vous.


écrit au et pour le collège Jules Ferry, 21200 Beaune
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I’ll never be a teacher anymore
I’ll never have to suffer from conformity whores     
at least not inside these walls;                                
from humiliation by the board, in the Principal’s office.   
Goodbye old hags and young boars,       
rowdy kids who couldn’t care less and the ones in the front row.   
I lock a last door and face the now obsolete schedule taped on it
carefully printed in color by the assistant when the schoolyear was young
and screaming in my ears like the bell many times a day
…and i tread this hall one last time.
I look at rooftops and steeples through the window
and i see the ghosts of fall, winter and springtime sorrow
when nature was blooming and i was alienated,
the countless times I’ve carved these ugly purple walls with my eyes :
I HATE THIS JOB AND EVERYONE HERE.

I look at my nice shoes, kinda beat up now,
they make confetti dance on the Burgundy tiles,
festive bits some kid made from a last quizz
I handed out earlier.
White confetti with black letters to celebrate a new summer.
A victory for these kids and a victory for me
fused by confusion with the reminiscence of a toll i paid for months
to get paid
but now torn, ready to be swiped away,
like a dry summer leaf, a dead moth…
I’m happier that school’s over at 26 than at 6 or 16.

I cross the empty playground, say good bye to the fat janitor
who always thought I was elegant.
I push the glass door and this small city hurls freedom to my face,
with fallen leaves in its wind,
life for me to grab and never let go, seize in a drunken haze, in a summer daze.
Headed for a last train
i feel something in my heart that I really like and I certainly don’t look back.


written at and for collège Jules Ferry, 21200 Beaune

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